|



| |
|
Charles Mochet et
le Vélocar |
|
Par Georges Mochet,
Janvier 2001 |
|
Propos recueillies
par Alexandre Pépin |
|
|
 |
|
Les photographies
sont une courtoisie de Georges Mochet et de la famille Mochet |
| Pour
notre cousin Alexandre Pépin avec toute notre amitié... |
 |
L'histoire
pourrait commencer par ‘’Je me souviens’’... mais je sais que ce
souvenir, répété sur chacune de vos plaques d’automobiles a pour
vous, Canadiens, une résonance lointaine et profonde. Mon souvenir a moi
est beaucoup plus léger et se rapporte a ma vie, partagée avec mon mari
et ingénieur, Georges Mochet.
|
|
|
Un jour comme les autres,
le téléphone sonna dans notre foyer et M. Pépin se présenta à nous.
|
|
Depuis les vingt dernières années de retraite dans le Midi, nous avons
été sollicité pour des articles concernant les Vélorizontaux mais pour
des textes à destination anglophones. Étonnés que, pour une fois, une
recherche était proposée si loin de nous, et surtout en Français, nous
as fait grand plaisir.
|
C'est ainsi que nous avons fourni à M. Pépin une sorte de
"puzzle"(excusez l'anglicisme) du document historique MOCHET
avec des photos très anciennes et datant d'avant la guerre de 1940. C'est
ainsi que M. Pépin décida a en démêler le fil et s'y attaqua
courageusement comme une fourmi en quelques sorte, pour aboutir à un seul
ouvrage.
|
|
Simplement pour l'anecdote et comme l'on dit "poser la cerise sur le
gâteau", nous avons fini par lui envoyer en récompense cette photo
de 1995, prise en promenade avec notre fille Élisabeth. C'est pour nous
une image de bonheur par une belle journée méditerranéenne. Un après-midi,
au bord d'un étang, un photographe était venu surprendre quelques
oiseaux migrateur marin.
|
 |
|
Il nous a rencontrés et fixé sur sa pellicule, en guise d'oiseaux
rares... Soyez remercié M. Pépin, d'avoir eu la curiosité de nous connaîtrent
comme nous l'avons eue, il y a 10 ans d’aller découvrir votre Québec
enchanteur.
|
|
Francine
MOCHET |
|
CET
HOMME SUR SA DRÔLE DE MACHINE... |
|
Saint-Aygulf, Côte d’Azur, France.
Nos chers touristes ont freiné leurs chevaux-vapeurs sous la chaleur de
l’énième bouchon menant la famille à la plage. Et ils voient passer,
tranquille, allongé, détendu, un homme assis dans un long vaisseau bleu,
dont on voit à peine les pieds pousser les pédales ; il glisse, même
dans le vent. Les enfants battent des mains, les
super " Canon " font clic-clac. Et voilà des souvenirs pour la
veillée d’hiver.
|
|
Mais, après les folies de l’été, le calme revient dans ce petit
village côtier du Var ; et notre petite communauté connaît bien ce
jeune retraité de 77 ans : Georges Mochet. A tel point qu’une lettre
des U.S.A. lui est parvenue d’un ami ayant écrit " M. Mochet
" et dessiné un vélo horizontal.
|
|
Il en a construit plusieurs modèles, remplissant deux boxes à voitures :
deux roues, trois roues, quatre roues. La gestation sur plan est
longuement réfléchie et sans cesse révisée, puis réalisée en
cherchant toujours et surtout la solution la plus simple. Car Georges
Mochet est ingénieur mais un bricoleur sans patience. Et puis ce qui paraît
simple est beau, dit-il. Au-delà des participations – réussies avec de
très petits moyens à l’étranger (aux techniciens de les citer), le rêveur
Georges Mochet veut prouver que son vélo horizontal peut être un engin
de promenade sur un siège confortable pour jouir du paysage ou aller
simplement chercher son journal.
|
|
Et pourtant, si en chemin il rejoint un peloton de cyclistes – en
panoplie complète du parfait et cher cycliste – un brin sarcastiques
devant sa décontraction, il est très capable de piquer un sprint, et de
les lâcher. Alors, seulement, ceux-ci daignent demander quelques détails
techniques, fournis avec enthousiasme, conviction et plaisir. Pour peu
qu’on le pousse et si vous lui êtes sympathique, il ira même jusqu’à
sortir la photo de son fils sur un de ses engins. Le dernier modèle est
naturellement celui qui lui donne le plus de satisfaction, mais cela
jusqu’au prochain auquel il pense déjà.
|
|
Et pourtant
dit-il : " Après celui-là, je n'en fais plus d'autres ".
Mais arrête-t-on le progrès ou l’éternelle
jeunesse ?
|
 |
Ceci
veut être un examen objectif des possibilités des véhicules dont le
pilote est le moteur.
Le plus connu en est la bicyclette classique qui, riche
en qualités multiples, est loin d'être le véhicule le plus efficace en
ce qui concerne la vitesse et le confort.
Un certain nombre de lois communes à tous ces véhicules
sont exposées et expliquées; elle surprendront car, quoique élémentaires,
elles sont inconnues de beaucoup et vont à l'encontre des faux dogmes et
des préjugés répandus dans le public et le milieu cycliste.
|
|
Il est nécessaire
pour comprendre les motifs qui m'ont amené à faire cette étude sur les
cycles; les V.P.H. ou vélos à propulsion humaine en général, et également pour justifier une
certaine compétence dans ce domaine, que je présente pour commencer, une
biographie simplifiée.
Cela commence cependant avant ma naissance. Mon père
était un homme curieux, inventif et ayant le goût de la recherche. C'était
un inventeur sans le côté un peu péjoratif qu'a pris ce terme. Je sais
peu de choses sur lui; je sais seulement que vers 1910, il essayait de
fabriquer des aéroplanes dans un atelier situé à Marseille sur la
Corniche, au lieu dit Les Prophètes. J'ai une photos de son atelier à
cette époque.
|
|
Peu avant la guerre de 1914, il est parti avec mon oncle au Maroc, pour
monté une affaire de transport. Là, il s'est intéressé à l'automobile
et à participé à un circuit au Maroc, avec une Dedion-Bouton; mon oncle
participant avec une voiture de leur fabrication, appelée la Meziane.
Pendant la guerre de 1914, il avait même fabriqué
un petit quatre roue à pédales à mouvement alternatif, qui a circulé
à Casablanca.
Mais son dada était les moteurs sans soupapes ce qui
l'a amené à retourner en France, à Marseille, pour les travaux et
mises aux points. Il s'agissait d'un moteur à chemises tournantes,
chambre de combustion conique (pendant la guerre de 40, Hispano avait
construit un moteur d'avion fonctionnant sur ce principe).
|
|
Ce moteur, monté sur une Austin donnait satisfaction; il fit
plusieurs voyages Marseille-Paris; et voilà pourquoi on s'est retrouvés dans
la Capitale.
|
|
Du boul. Voltaire, nous devions partir à St-Ouen où un ''exdépot-négociant''
en vin fut notre domicile et l'usine d'ou devait sortir 120 à 130 4Cv C
M, voiturette 2 places équipé d'un moteur 2 temps de 350 CM3.
|
 |
|
1923, au milieu de difficultés dont on ne m'informe pas, pour moi, ça
tourne rond, je vais à l'école près de la Mairie, je joue avec mes
copains, cependant je voudrais un vélo. Je ''tanne'' mes parents, mais mère
ne veut rien savoir, elle a peur des accidents...
Alors, mon père, en alléguant des pièces de
voiturette, me construit un quadricycle, un vrai, à 2 places; il
fonctionne avec des pédales à mouvement alternatif et ça va bien.
|
|
Pour changer de vitesse on déplace le point d'attache de la
chaîne sur les manivelles et l'on peut grimper partout. On pédale
alternativement mais on peut même appuyer sur les deux pédales à la fois, des
ressorts de rappel les ramenant. Je ne sais pas ce que ce véhicule est devenu,
ni pourquoi au milieu de l'étude d'un bloc moteur de 500 CM3 2 cylindres pour
les voiturettes, on m'en a fabriqué un nouveau, monoplace ( voir la photo de
1925 où l' on me voit dedans à 11 ans en premier plan.
|
|
Le jour où je devais l'essayer flambant neuf, il a plu toute
la journée et comme la peinture était fraîche , on a remis l'essai à plus
tard...triste souvenir
|
|
Ce Vélocar, c'était le nom que mon père, après délibération
familiale, lui avait donné, était léger et rapide.
M. Mochet s'aperçut qu'il y avait un marché pour son
véhicule. Puisque les automobiles étaient trop coûteuses pour la
plupart des gens, une voiture à pédales biplace pas plus coûteuse à
entretenir que deux vélos constituait une aubaine et procurait en plus
l'insigne plaisir d'aller plus vite qu'un tandem. Cette voiture à pédales
avait quatre roues et une carrosserie très légère faite en matériau
d'aviation (le triplex). Elle était équipée d'un différentiel par roue libre sur l'axe intermédiaire
de trois vitesses et il restait même de la place pour les bagages.
Vers 1930, la demande s'accrut et la voiture à pédales
fut même utilisée comme "meneuse de train" lors de compétitions
importantes. Le seul problème, c'est que ce quatre-roues ne négociait
pas bien les virages.
De mon côté, j'étais très fier car j'allais
plus vite que mes petits copains sur leur vélo. Ce résultat était
attribué à la bonne position pour pédaler, mais il était surtout dû
au bon aérodynamisme de la carrosserie. Je l'ai utilisé pendant
plusieurs années puis il fût vendu.
C'était devenu pour nous notre métier de fabriquer et
de vendre des Vélocars...
Pour s'amuser, mon père avait construit aussi un deux
places. Il fut vendu, alors on en fabriqua. Il s'en vendit un par semaine,
puis un par jour. Comme c'était plus rentable, le cycle fut abandonné à
titre provisoire, car on a ses ''dadas'' ou pas .
|
 |
Il a dû sortir de 1925 à 1950, près de 6000 de ces petits quadricycles
à pédales. Vers les années 1940, un nombre de plus en plus important
furent motorisés soit par des bricoleurs soit par des motoristes;
certains
|
|
furent
électrifiés, surtout pendant l'occupation. Vers 1945, nous fîmes nous-même
la fabrication. Ces véhicules mixtes, pédales et moteurs convenaient à
une après-guerre pauvre en véhicules motorisés de toutes sortes. Les
derniers, de 1957 à 1960 étaient de véritables petites voitures, les pédales
étant abandonnées.
|
 |
|
Le local de Saint-Ouen était à la fin de du bail, un ami de mon père,
architecte, le poussa à acheter un terrain à Puteaux et à construire un
atelier. Plus tard, il y construisit un pavillion et plus tard j'épousai
sa fille...
|
|
 |
Ici s'arrête provisoirement l'histoire Vélocar à 4 roues qui sera
reprise plus technique et complète, ainsi que celle de la 4Cv et des
voiturettes Charles Mochet, car le sujet comporte essentiellement les véhicules
mus par la force humaine, maintenant appelés V.P.H. ( véhicule à
propulsion humaine).
|
|
Le
vélo horizontal, sa naissance, sa vie, sa fin, sa survie...
|
|
Par
un Dimanche d'hiver de 1930, nous étions réunis, mon père, ma mère,
mon cousin Alexandre et moi dans une auberge de Nonancourt autour d'une
table. C'est souvent là que naissent les idées.
La conversation s'orienta sur les performance des Vélocars.
Nous avion remarqué qu'en palier, deux bons cyclistes dans un Vélo car
allaient plus vite qu'un tandem, véhicule plus vite rapide qu'une
bicyclette et nous nous demandions les raisons de cette supériorité. Le
Vélocar était à l'époque , un quadricycle à pédales, deux cyclistes
en position assises. Il possédait une carrosserie légère, pointue à
l'avant et quand même assez enveloppante.
Nous admettions que le point d'appui donné dans le dos
du pilote permettait d'appuyer sur les pédales avec une force considérable,
supérieur à celle d'un cycliste tirant de toutes ses forces sur le
guidon. Mais cela n'expliquait pas tout. La force est une chose, elle est
fournie par les muscles, mais la puissance et le travail fournis dépendent
encore plus du coeur, des poumons et du bon état de l'organisme, mais la
résistance de l'air...
|
|
A la fin de la
conversation, il était décidé de construire un tricycle très caréné,
avec des pièces de Vélocar, pour obtenir grâce à ses performances qui
devaient être considérablement, une bonne publicité, utile à la
fabrication courante.
Ainsi fut fait dans le mois qui suivit, ce tricycle ( 2
roues avant, une roue arrière ) dont malheureusement il ne me reste plus
aucun document de ce véhicule qui avait le siège à 30 cm du sol, axe de
pédalier à la même hauteur. Il était équipé de roues de vélo à
boyaux et sa carrosserie faisait penser à une carène de planeur. C'était
un V.P.H. avant même l'existence du terme. Le premier essai fut fait
d'une façon simple mais efficace. Il fut pris un vélo de course
classique, lesté pour qu'avec son pilote, il pèse le même poids que le
tricycle carrossé, les pneus ou boyaux des machines furent gonflés à la
même pression, 6 kg.
|
|
Le
pilote du vélo devait prendre la position la plus aérodynamique (mains
en bas du guidon ). On monta les deux machines en haut de la Côte de
Picardie sur la route de Versailles et on les lâcha ensemble. Un l'essai
montra les qualités aérodynamiques des machines, car la résistance au
roulement étant la même pour les deux ( fonction du poids et de la
pression gonflage ). Celle qui allait le plus vite était celle qui avait
le moins de résistance à l'air.
Les essais sur route et autour de Longchamp, avec comme
pilote un de nos jeunes ouvriers, ne firent que confirmer les grandes
possibilités de vitesse de ce tricycle carrossé.
On passa aux essais sur piste. La piste fut celle de
Saint-Denis en raison de la proximité de voisinage. C'était une piste en
ciment de 250 m, semblable comme profil à celle du Vélodrome d'Hiver
d'Hiv. Ce fut moins bon car la piste était très relevée et le tricycle
se freinait beaucoup en virage, ne pouvant atteindre une vitesse
suffisante lorsqu'il les abordaient.
Que faire? La décision fut vite prise, on ferait un 2
roues.
Mais comment y arriver? On coupe la voiture à pédales en deux !
Une poutrelle presque horizontale et légèrement relevée
à l'avant. Un petit coussin et un petit dossier. Aux deux bouts de la
poutrelle, une roue de petit diamètre et la roue arrière mue par une
longue chaîne. Et pour contrôler la roue avant, un long tube horizontal
terminé en guidon plat.
|
|
Ce qui fut dit fut fait et vous pouvez voir la photo du
premier Vélorizontal destiné à la compétition.
Le pilote sur ce vélo avait la même position que sur le
tricycle, notons que cette position a été reprise à des nuances près dans un
grand nombre de V.P.H. à 2, 3, 4 roues.
|
Avant de carrosser ce vélo, il fut décidé d'apprendre au
pilote à s'en servir et à essayer sa tenue sur piste: Elle était parfaite. Il
était d'autre part évident que sa vitesse était nettement supérieure à
celle d'une bicyclette classique car de nombreux coureurs tournaient en même
temps qu'elle sur la piste et aucun ne pouvait suivre ce vélo (commentaires
recueillies par les journaux de l'époque).
|
|
Il y eut dans les temps antérieurs à la création de ce vélo
des chercheurs qui essayèrent de faire des bicyclettes, où le pilote était
assis, le pédalier étant placé plus ou moins haut devant lui, ceci dans une
recherche de confort. Mais le vélo à pédalage horizontal Mochet, que l'on
appela aussi en raison de ses origines le Vélo-Vélocar ou VV fut le premier à
démontrer un vrai gain de performances sur les vélos classiques les mieux élaborés.
|
|
L'efficacité de ce vélo fit que fut momentanément
suspendue l'idée d'une amélioration de la performance par carénage et qu'il
fut décidé de battre officiellement les records cyclistes et de faire homologué
les performances par les instances responsables.
Dans ce but furent construits plusieurs ''Vélorizontaux''
pour l'entraînement et la compétition, dont celui utilisé ultérieurement par
Francis Faure.
Ces vélos correspondaient exactement à la définition de la
bicyclette U.C.I. (Union Cycliste International ) et de l'U.V.F. ( Union Vélocipédique
de France ) plus tard de la F.F.C..
|
|
Avant
d'engager un coureur professionnel, des essais et mises au point avaient lieu
autour de Longchamp, route située à l'extérieur de l'hippodrome, route qui était
fréquentée par les cyclistes plus ou moins forts et par certains
professionnels, pour leur entraînement. Les participants à ces essais étaient
le jeune Lucien Brillouet, plus tard, un de nos client Vélocar qui était venu
travailler avec nous et qui s'appelait Henri Martin, et parfois moi-même quand
mes études me le permettaient. J'avais alors 17 ans et préparait une grande école.
|
|
Lucien Brillouet effectua une bonne performance le 20 Mai 1932, il réalisa
un chrono de 44,222 de moyenne sur un tour de Longchamp sous la pluie, ce
qui était fort bien pour un garçon qui était même pas coureur amateur
ni cyclotouriste et qui ne se servait même pas d'un vélo pour aller au
boulot.
|
|
Sur ce, se prenant pour un champion, car il attribuait ses performances à
lui-même, il s'acheta un vélo de course et prit une licence dans un club
cycliste dans l'espoir de faire carrière dans la course, et nous
quitta...
|
|
Venons en à Henri Martin, il suivra assez longtemps l'aventure Vélorizontal.
Dès le début il fut un passionné, il était très attaché à mon père,
et avec lui j'étais ''jojo''. Un ou deux mois avant l'arrivé Francis
Faure, il battit officieusement le record de l'heure sur la piste de
St-Denis. Il subis une certaines déception lorsque Francis Faure fut
choisi comme coureur pour réalises les performances officielles. Il
participa à nombres de compétitions cyclotouristes, courses de Côte de
Chanteloup, étape pyrénéenne avec tous les cols au menu du Tour de
France étapes annuelles organisées par le T.C.F., etc...
|
 |
Il nous quitta en 1936 pour essayer de commercialiser un vélo horizontal
de sa conception dont la roue avant était située entre le pédalier
et le cycliste; roue arrière classique. Il vendit son invention à Ravat
Wonder,
|
|
une maison de cycles
Stéphanoise, monta un magasin de cycles près de l'Étoile où il
commercialisa les productions Ravat dont, son vélo.
|
|
Pendant l'occupation, il s'était procuré un side-car avec lequel il
allait s'approvisionner en province pour dépanner ses amis. Après, il
fut bistro au ballon des ternes puis s'installa à Oléron. Quand les Américains,
après guerre réinventèrent les vélo horizontaux, les machines qu'ils
construisirent au début ressemblaient beaucoup au vélo Martin. Pour moi,
quand cela m'était possible, j'allais aussi tourner avec ou sans eux,
autour de Longchamp. Le jeu consistait à rouler au train; on rejoignait
un groupe de cycliste qui n'étaient pas au courant du stratagème
(ces cyclistes étaient parfois même méprisants), décidaient de nous lâcher,
alors on sprintait et on les laissait là puis on recommençait à aspirer
à un repos bien gagné.
|
|
Tous les journaux ont relaté l'exploit accompli sur le Vélocar de
course par un jeune inconnu chronométré par Degravine. Le tour de
Longchamp en 4'55 et ce malgré la pluie. Comme ce même cycliste sur un vélo
ordinaire effectua le tour en 5'50, il faut bien admettre que l'appareil
de Charles Mochet est responsable de cette plus grande vitesse.
|
|
De l'Écho des Sports du 13 Octobre
1932
|
|
Tous les journaux ont relaté l'exploit accompli sur le Vélocar de
course par un jeune inconnu chronométré par Degravine. Le tour de
Longchamp en 4'55 et ce malgré la pluie. Comme ce même cycliste sur un vélo
ordinaire effectua le tour en 5'50, il faut bien admettre que l'appareil
de Charles Mochet est responsable de cette plus grande vitesse.
|
|
|
De Paris-Soir du 13 Octobre
1932 |
|
Ce matin, le jeune Castelain a fait un nouvel essai sur le
tour de Longchamp, à bord de son Vélocar en position couchée. Castelain
roule très vite et aucun coureur ne peut rester sur sa roue. Tous furent décollés.
Les coureurs Gérardin, Maronnier, Deyle, Maréchal, Blanc-Gurin, vallée assistèrent
à la performance.
|
|
|
Du Sporting du 17 Octobre
1932
|
|
Pour répondre à une objection de sa clientèle qui ne comprenait pas très
bien le fonctionnement du Vélocar, Charles Mochet a fabriqué un vélo à
deux roues sur lesquels se trouve reproduite la position du pilote qui pédale
assis, appuyé sur un dossier, le point d'appui pris sur l'arrière,
augmente considérablement la force de propulsion, un cycliste moyen gagne
un temps très appréciable sur celui des coureurs classés qui font
couramment le tour de Longchamp.
|
|
|
Science et Monde du 27 Octobre
1932
|
 |
L'article étant accompagné d'une photo du premier Vélo-Vélocar piloté
par Brillouet.
|
|
Au cours de nos visites quotidiennes, nous étions passés à plusieurs
reprises devant le Stand Vélocar, sans pouvoir rattacher au cyclisme
l'appareil à quatre roues, un peu spécial connu sous ce nom. Reprochons
au constructeur du Vélocar de n'avoir pas exposé sa machine à 2 roues
qui , se réclame très exactement du vélo.
On sait les vitesse prodigieuses réalisées avec ce nouvel appareil. ceci
a donné à Oscar Egg l'idée de son Vélo-fusée...
|
|
Ce dernier article où il est question d'Oscar Egg et de son Vélo-Fusée
ou Vélo à queue de Pie, qui n'a malheureusement pas réalisé au point
de vue performances les espoirs que son créateur mettait en lui. Nous
essaierons d'en analyser les causes dans un autre chapitre.
|
 |
|
Oscar Egg était à cette époque le recordman de l'heure, record réaliser
avant la guerre de 1914, qui était de 44,247 km.
|
|
A cette époque, Marcel Berthet et Oscar Egg se disputaient ce
record qu'ils avaient battu à tour de rôle et la guerre mit fin à
ce duel. Egg étant le recordman, c'était un très beau record pour son
époque.
|
|
En 1932, Egg possédait un magasin de cycles avenue de la Grande-Armée, où
il vendait de très belles machines. Il possédait , comme c'était fréquent
alors, une équipe de coureurs qui participaient à des épreuves plus ou
moins grandes. Il avait dans sa formation de très bons éléments.
Sentant que son record ne durerait plus très longtemps et que le Vélo-Vélocar
le battrait nécessairement, sinon d'autres cyclistes, il eut l'idée de
mettre une pointe (tronc de cône de 0,40 m sur 0,80 m de long juste derrière
le cycliste ) pensant ainsi améliorer la vitesse.
|
|
Il fit de nombreux essais, suivis abondamment par la presse cycliste qui
essayait d'opposer les deux machines Vélo-Vélocar et Vélo-Fusée, ce
qu'il souhaitait, car cela faisait à nouveau parler de lui et était une
bonne publicité. A part une bonne performance de Cornez sur le tour de
Longchamp, que Cornez qui était un authentique champion aurait pu réaliser
avec un vélo classique, les autres tentatives faites avec Cornez lui-même
et un bon coureur nommé Boucheron, ne donnèrent rien de probant.
|
|
Ils réalisèrent sur leur vélo les mêmes temps, avec et sans queue de
pie (voir article de l'Auto du 29 Octobre 1932 relatant les essais ).
|
|
Le
22 Octobre 1932, les essais terminés et désireux de commencer la construction
de cette nouvelle bicyclette, en règle avec les organismes qui régissent le
sport cycliste, mon père demandait à U.V.F. quelles conditions devait remplir
une machine, pour être admises dans les compétitions et records
|
|
Dans une lettre du 27 Octobre, l'U.V.F. renvoyait au premier paragraphe de
l'article 3i des règlements des courses qui disait ceci:
''Les machines de tous genres sont admises munies ou
non d'accessoires tels que changements de vitesse, roue libre, etc... à
conditions qu'elle ne fonctionne qu'avec la seule force de l'homme,
qu'elle ne comprenne aucun dispositif destiné à diminué la résistance
de l'air, et qu'elle n'offre pas un encombrement supérieur à 2 mètres
en longueur et 0,75 mètres en largeur, pour les machines à 1 place et à
1 voie.''
La lettre se terminait ainsi: '' Ce règlements
s'applique aussi bien pour les courses que pour les records.''
|
|
La lecture des règlements de L'U.C.I. rédigés dans les mêmes termes,
confirmait que rien ne s'opposait à la mise en train de la fabrication,
ni à la reconnaissance de tentatives officielles de records destinés à
la faire connaître.
|
|
Tout étant prêt, il fallait choisir un coureur: Au cours du Salon du
Cycle 1932, divers contacts furent pris et les candidatures discutées.
Finalement ce fut Francis Faure qui fut choisi, recommandé par un
journaliste qui s'appelait, je crois, Decugis.
C'était un garçon de taille moyenne, blond, les yeux
bleus, joli garçon. Benoît Faure, un autre bon coureur ( il n'avait aucun
lien de parenté avec Francis), s'était
fait un nom dans le Tour de France.
Francis Faure, avait choisi la piste. Coureur d'Américaines,
il avait participé à plusieurs 6 jours et avait même gagné les 6 jours
de St-Étienne.
|
|
C'était un coureur rapide, plutôt sprinter que homme de train, c'est
qui se remarque dans ses records. Ceux de vitesse pure sur courtes
distances étant d'un meilleur niveau que les épreuves longues.
Il prit facilement sa machine en main et partit s'entraîner chez
lui dans la Loire ( voir la photo devant la Mairie d'Ambert ).
|
|
|
Lorsqu'il revint, il s'entraîna au Parc des Princes où,
pour se préparer au record de l'heure, il battit officiellement les records des
2, 3, 4, 5, 6 Km puis celui des 10 Km et le 5 Mai 1932 ceux des 15 et 20 Km.
|
|
les
nouveaux temps réalisés
|
Les anciens temps
|
|
Pour 2 Km 2'31'' 4/5
|
Pour 2 Km 2'37'' 3/5
|
|
Pour 3 Km 3'48'' 2/5
|
Pour 3 Km 3'59'' 4/5
|
|
Pour 4 Km 5'05'' 3/5
|
Pour 4 Km 5'20'' 1/5 |
|
Pour 5 Km 6'21'' 2/5
|
Pour 5 Km 6'41'' 2/5
|
|
Pour 10 Km 19'15'' 4/5
|
Pour 10 Km 19'29'' 4/5
|
|
Pour 20 Km 26'44''
|
Pour 20 Km 27'05'' 4/5
|
|
...Et il couvrait en une demi-heure 22,285 Km.
|
|
Il est intéressant d'examiner les réactions des milieux cyclistes français
devant ces résultats. Évidemment tous les cyclistes sont des sportifs y
compris ceux qui utilisent le vélo pour la promenade ou le travail, mais
on peut quand même les classer en groupes différents dont on peut
extraire pour ses réactions particulières, le groupe des cyclistes de
compétition.
|
|
Aux premiers, il n'était pas déplaisant qu'un vélo
nouveau, autres qu'eux ait de meilleur performances, au plus, ils étaient
indifférents.
|
|
Les cyclistes de compétition, qui se croient facilement les seuls
sportifs, étaient catastrophés de voir une machine plus rapide que la
leurs pouvoir courir et se mesurer avec eux.
|
|
Pour ceux-ci, un vélo ce n'était pas une machine à deux roues, à pédales
conforme aux règlements de l'U.C.I. mais une sorte de raquette de tennis
servant à combattre plus ou moins athlétiquement, entre eux. Cette
raquette de tennis s'était transformée plusieurs fois malgré eux (c'est
l'aléa de tous les sports mécanique ). Le grand Bi en bicyclette
classique, puis il avait fallu accepter les pneumatique, puis les roues
libres. On avait réussi à lutter très longtemps contre les changements
de vitesse, sans succès.
|
|
C'en était de trop, il fallait réagir et définir la
bicyclette, de manière à ce que son évolution soit bloqué définitivement.
Ce qui, le verrons plus loin, fut fait pour un assez long moment.
|
|
C'est le 6 Juillet 1933 que la tentative officielle, contre l'heure fut
faite et couronnée de succès. Sur la lancée, il alla jusqu'aux 50 Km.
Ceci eut lieu au Parc des Princes, à 19 heures.
|
|
Voici les temps réalisés qui battaient au passage tous les records intermédiaires:
|
| Francis
Faure
|
Records précédents et titulaires
|
|
10 Km 19'26'' 1
|
10 km 19'29'' 4 Archambaud
|
|
20 km 26'50'' 4
|
20 km 27'05'' Binda
|
|
30 Km 40'06'' 1
|
30 km 40'58'' Egg
|
|
40 km 53'19'' 4
|
40 km 54'38'' Egg
|
|
45 Km 60'00''
|
45 km 1h44'247'' Egg
|
|
50 km 1h06'41'' 1
|
50 km 1h08'36'' 2 Binda
|
|
Avant de citer quelques uns des articles de presse consacrés à ce sujet,
complétons les performances par celle du kilomètre lancé réalisé en
1h3'' 3/5 qui battait largement le record du monde de Michard qui était
de 1h6'' 35. Michard fut le meilleur sprinter français et même mondial
d'entre les 2 guerres, plusieurs fois champion du monde.
|
|
Le 9 Août 1933, Francis Faure était parti s'entraîner au Parc des
Princes en vue d'une démonstration en province. Hors, en fin d'après
midi, le sprinter italien Linardi avait convoqué officiels et chronométreurs
en vue d'une tentative sur le kilomètre.
Francis Faure sur son Vélorizontal, profita de l'occasion pour faire lui
aussi une tentative ainsi que Louis Gérardin; les deux coureurs échouèrent.
Linardi réalisa 1h9'' 3/5. Gérardin 1h8'' 1/5, Francis Faure réussit
1h3'' 3/5. Ces performances réalisées dans les même conditions par des
hommes de grande valeur démontraient la supériorité incontestable en
vitesse du Vélo-Vélocar.
|
|
Voici à nouveau quelques titres et commentaires de presse de
l'époque... |
|
Du
Parisien du 08-07-1933 |
|
Sur un Vélocar, Francis Faure parcouru hier,
sans entraîneur 45,054 Km.
|
|
Cyclisme, la bicyclette horizontal bat le record
de l'heure.
|
| Francis Faure a couvert 45,055 Km dans l'heure, en
Vélocar. |
| Bien entendu
L'Auto, fervent défenseur de la bicyclette
''raquette de tennis'' pose la question: |
Que va faire
L'U.C.I.?
|
|
Elle ne cache pas évidemment que la machine étant conforme aux règlement,
elle sera bien obligée de l'homologuer dans un premier temps, quitte à
refaire ses règlements dans un second.
|
|
|
De
L'Intran du 11-07-1933 |
|
J'espère courir 48 Km dans l'heure, nous dit
Francis Faure.
|
|
Le record mondial, à bicyclette sans entraîneur, 45,055 Km dans l'heure.
L'article mentionne que ce qui est nouveau dans cet exploit c'est qu'il a
été accompli avec une bicyclette qui ne ressemble nullement aux cycles
actuels.
|
|
|
De
L'Ami du Peuple du 11-08-1933
|
|
Francis Faure a battu sur Vélocar, un nouveau record du monde.
Dans l'article, il commente que gagner 3'' sur soixante seize est plus
beau que 40 mètres sur 45 000 mètres.
|
|
Toujours défenseurs du vélo ''raquette de tennis'', L'Auto mentionne en
titre, en gros caractères: ''Pierre Linardi a échoué dans sa tentative
de record...'' puis en plus petits caractères l'évènement le plus
important: '' mais, Francis Faure a réussi à battre le record du monde en
1h3 3/5 (record de Michaud 1h6'' 3/5)''.
|
|
|
Nous allions avec
cette demande d'homologation commencer pendant près d'un an une bataille
entre pamphlétaires sportifs du cyclisme sur ce qu'était, ou devait être,
ou devrait devenir, une bicyclette. Pour être l'objet de l'adulation des
compétiteurs sportifs, elle devait davantage permettre dans l'avenir un débat
sur la grosseur et l'efficacité des cuisses d'un cycliste porté au
pinacle qu'être un véhicule amené à évoluer, à progresser; de toutes
façons, c'était une mécanique et ça ne concernait pas directement le
sport.
Dans un premier temps, les sportifs français (car on
n'est pas chauvin) se rappelèrent que Francis Faure ramenait un grand
nombre de records à la France, ce qui était à considérer. Ce même réflexe,
jouait à l'opposé pour les Suisses, pour les Italiens, qui perdaient des
records (Egg, Binda). Ceci montre l'objectivité d'esprit que doit avoir
un délégué National dans un congrès.
|
|
Le 10 Juillet 1933 fut envoyé à l'U.V.F. la demande d'homologation des
records mondiaux.
L'U.V.F. l'homologua sans problème, étant donné le règlement
des courses et demanda à l'U.C.I. au cours de son congrès du 11 Août
quelle examine le dossier pour l'homologation en tant que record du monde.
Cette réunion reporta sa décision au 3 Février 1934,
date du congrès suivant.
Bien entendu, il y eut une reprise de la discussions
des pour et des contre, avec argumentation plus ou moins sincère et désintéressé
sur : ''Qu'est-ce qu'un vélo ? '' ( ce n'était pas la même chose pour
tout le monde).
|
|
Pour compliquer la chose, le 29 Avril un coureur français réussit
sur la piste du vélodrome de St-Fron en Belgique une belle performance sur
l'heure: il s'appelait Maurice Richaud et réalisa 44,777 km ce qui battait le
record de Egg (lequel alla tout de suite mesurer la piste pour en être sûr)
mais était inférieur au record de Francis Faure.
Il y avait maintenant 2 recordmen: l'un, celui des rétros,
défendeurs du vélo ''raquette de tennis'', l'autre des modernes. De quoi
alimenter et continuer une bonne polémique.
|
|
Autre évènement très important dans l'histoire des cycles
à haut rendement (actuellement appelés V.P.H.) la présentation, Septembre du
Vélodyne conçu par Riffard et piloté par Marcel
Berthet.
|
|
Nous avons déjà parlé de Berthet. Il s'était battu avant la guerre de
1914 avec Oscar Egge, pour le record du monde de l'heure, Egg étant
devenu son successeur.
Berthet avait, en cette période d'avant 1914,
piloté le premier V.P.H. de performance, à ma connaissance. C'était une
bicyclette classique enveloppée avec son pilote par une carène en forme
de fuseau d'où ne sortait que le bas des roues, la partie inférieure du
pédalier et les pieds, à tour de rôle, en position basse du pédalage.
|
|
Cette machine
conçue par Buneau-Varilla était très performant et aurait pu
facilement, semble-t-il, d'après les résultats des essais réaliser les
50 Km dans l'heure avec un coureur de la classe de Berthet, si une
tentative dans ce sens avait eu lieu.
Cette machine fut baptisée ''Vélo-Torpille''. On
l'appelait aussi ''l'Oeuf de Berthet''.
|
 |
|
Extrait
du magazine L'Illustration du 27 décembre 1913 |
|
" Le record de l'heure derrière moto dépasse les 100 Km, tandis que
sans entraîneur, le record n'est que de 43 Km ".
L'article mentionne aussi que des carénages étaient
en vente dès 1892 de façon à "augmenter confort et vitesse",
mais que ces accessoires, en fin de compte, ne servaient à rien
puisqu'ils n'étaient pas assez solides et provoquaient davantage de
remous qu'autre chose.
En 1913, un jeune ingénieur fraîchement libéré de
ses obligations militaires trouva une solution. Le carénage devint une
sorte d'œuf profilé dans lequel le conducteur était entièrement
contenu. Selon Hemnert, Flobert et Dreyse , 1841, cela avait la forme idéale
d'une balle de fusil. Pendant plusieurs siècles, celle-ci eut le même
profil que les poissons et les oiseaux, et cela fut finalement imité par
les ailes d'avion. En bref, il s'agit d'une sphère dont l'avant est rond
et dont l'arrière est profilé.
Pour les constructeurs-avionneurs comme Caudron, il était
assez facile de produire une enveloppe qui soit à la fois résistante et
légère. Imaginons une armature rigide faite d'un matériau plié et même
transparent à l'avant. L'"œuf" est ensuite fixé au vélo par
des tubes acier ; ne reste en contact avec l'air que les mollets du
cycliste, ses pieds et les deux roues. Il s'agit du Vélo-torpille
d'Etienne Buneau-Varilla et Marcel Riffard. L'engin complet
ne pesait que 17 kg.
Le record du 1 km fut porté de 50,9 km/h à 57,3 km/h.
Le nom du coureur était Marcel Berthet. Puis l'engin fut interdit
de toute compétition.
|
|
Marcel
Berthet en conservait le souvenir et des regrets. Toujours dans le cycle,
il fabrique des selles de bicyclettes (Ets Trouin et Berthet ''Selle Idéal'').
A 47 ans, il se décida de renouveler cette tentative dans le Vélodyne,
bicyclette
|
Maurice Riffard avait conçu coque et voitures du Caudron
Renault, avion qui remporta la coupe Deutche plusieurs fois.
|
|
Une fin d'après-midi de Septembre où nous étions au vélodrome du Parc
des Princes, mon père, Francis Faure et moi-même, nous vîmes arriver
Berthet, Riffard et leur machine pour des essais et réglages sur la
piste. Nous ne pensions pas, a priori, que cela puisse aller plus vite que
notre vélo; et bien nous nous triomphions lourdement car malgré des
mises au point encore nécessaires, ça roulait au train à plus de 50
Km/h.
|
 |
Mon père et Berthet, à partir de ce moment, se considérèrent comme
amis, ils avaient le même but: faire progresser la bicyclette et
adversaires sportifs car ils voulaient tous deux faire la machine la plus
rapide mais tous deux avaient l'esprit sportif.
|
|
Les évènements que je relate ont plus de 60 ans et heureusement, pour me
rafraîchir la mémoire, j'ai quelques coupures de journaux de l'époque
et une correspondance amicale et complète entre Marcel Berthet et mon père.
Je reviendrai plus loin sur le Vélodyne, ceci à
l'occasion des records qu'il réalisa et des raisons qu'il y avait pour
les ETS Vélocar, de les reprendre.
Après ces intermèdes ''Richaud et Berthet'' il
est nécessaire de venir au Congrès de l'U.C.I. du 3 Février 1934 et de
savoir ce qu'il fut décidé.
|
|
|
Peu avant le congrès, mon père fit parvenir aux congressistes une lettre
dont j'ai déjà cité quelques passages mais qui mérite d'être
reproduite en totalité:
|
|
D'ailleurs, que reproche-t-on à la nouvelle
bicyclette ? Que le cycliste s'arc-boute sur son dossier ? Mais le cycliste
ordinaire tire sur son guidon. Qu'il se profile en se renversant ? Mais le
cycliste classique se profile en se couchant en avant.
On a prétendu que ceux qui monteraient cette machine
seraient avantagés. Mais dans un sport qui n'est pas uniquement athlétique,
dans un sport où la machine joue son rôle, des progrès naissent et s'imposent
chaque jour. N'est-ce pas naturel ? La bicyclette s'est allégée, le pneu a détrôné
le plein, le boyau remplace le démontable, etc... Tout le monde en profite, et
chacun est libre d'employer une bicyclette légère, des boyaux, un changement
de vitesse, etc... De même chacun peut acheter, construire ou faire construire
des bicyclettes à pédalage horizontal.
On a parlé d'établir une catégorie et des compétitions spéciales
pour ces machines. Cette conception est injuste, car la compétition a été créée
pour révéler à la fois le meilleur coureur et la meilleur machine. Placées
dans une catégorie à part, il serait impossible aux bicyclettes à pédalage
horizontal de manifester leur supériorité.
Du moment que la nouvelle bicyclette est conforme aux règlements
de l'U.C.I., faites-lui son droit par l'application pure et simple de ces règlement.
Toute autre solution serait contraire aux habitudes de ''fair play'' pratiquées
dans le sport, et contraire à la simple logique.
Au surplus, l'élimination de la nouvelle bicyclette ne créerait-elle
pas une situation quelque peu paradoxale, voire ridicule, en permettant
l'attribution d'un titre: Champion de monde de vitesse par exemple, à celui
d'entre deux cyclistes qui serait le moins rapide, pour l'unique et bizarre
motif que sa bicyclette serait d'un model plus ancien et plus répandu que son
concurrent.
Deux mots pour conclure: Ou bien la bicyclette horizontale
est une erreur, sans avenir; dans ce cas, elle disparaîtra comme elle est venu
et sera vite oubliée. Ou bien, au contraire, le hasard a voulu qu'elle représente
un progrès, dont tous les cyclistes d'ailleurs, sont appelés à bénéficier.
Dans ce dernier cas, j'en suis sûr, si petit que soit ce progrès, vous ne
voudrez pas prendre la responsabilité d'empêcher sa manifestation.
Dans cet espoir, je vous
prie d'agréer, monsieur le Délégué, mes salutations empressés.
|
|
Ce Congrès a homologué comme record du monde les
performances réalisées par Francis Faure sur sa bicyclette horizontale.
|
|
D'autre part, il est envisagé de modifier le règlements: Une
commission chargée à cet effet, devant établir pour le prochain Congrès
prévu le 1er avril, une nouvelle définition de la bicyclette.
|
|
Une certaines presse dite sportive partisane du vélo ''raquette de
tennis'', pleure le fait que Maurice Richaud ne soit plus recordman du
monde, omettant de dire qu'il ne l'a jamais été. Sa performance était
inférieur et postérieur à celle de Francis Faure.
Il faut reconnaître qu'une autre presse sportive,
attachée au respect des règlements, se félicitait de la décision.
|
|
Attendons donc la réunion du 1er Avril pour voir quelle définition de la
bicyclette sortira de la réunion d'experts internationaux.
|
|
Pendant les années qui s'étaient écoulées depuis nos premières
recherches sportives, pour nous, tout allait bien à part la santé de mon père
depuis le début de 1934.
Les Vélocars se vendaient bien, les Vélo-Vélocars aussi et
l'entreprise menée par mon père, ma mère et mon cousin Alexandre était prospère.
Moi, pendant ce temps je faisais mes études. Les clients des quatre roues étaient
satisfaits, nous en faisaient part et étaient solidaires. Il sera consacré un
chapitre à ces rapports cordiaux qui s'étaient établis.
|
Voici tel que paru dans le Journal de l'Union Vélocipédique de France du 7
Juin 1934, la nouvelle définition de la bicyclette:
|

|
|
'' Suite du vote de l'Union cycliste internationale, conformément aux décisions
du Congrès du 3 Février 1934, il est promulgué ce qui suit :
|
|
|
L'Article 2 du règlement des records du Monde sera
rédigé ainsi;
|
|
Art.2 Les records du monde reconnus sont les suivants pour les trois catégories
de records, a savoir
|
 | records sans entraîneurs
|
 | records avec entraîneurs humains
|
 | records avec entraîneurs mécaniques
|
|
|
Pour les records 1 et 2 les seules bicyclettes pouvant être utilisées sont
celle définies à l'article 3 du règlement des courses.
Pour les records 3, les seules bicyclettes pouvant être utiliser sont celles définies
à l'article 2, paragraphe C du règlement des Records du Monde...
On ne pourra reconnaître un record d'une distance inférieur à un tour de
piste...
Il y a lieu d'ajouter au règlement des records, l'article
suivant;
|
|
Records libres
|
|
Pour les records 1 et 2 les seules bicyclettes pouvant
être utilisées sont celle définies à l'article 3 du règlement des courses.
Pour les records 3, les seules bicyclettes pouvant être
utiliser sont celles définies à l'article 2, paragraphe C du règlement des
Records du Monde...
On ne pourra reconnaître un record d'une distance inférieur
à un tour de piste...
Il y a lieu d'ajouter au règlement des records, l'article
suivant;
|
|
|
L'Article 3 du règlement des courses sera désormais rédigé
comme suit:
Art 3: Les machines de tous genres sont admises munies ou non
d'accessoires tels que changement de vitesse, roues libres, etc... à condition
qu'elles fonctionnent par la seule force de l'homme, qu'elles ne comportent
aucun dispositif destiné à diminuer la résistance à la pénétration dans
l'air et qu'elles n'offrent pas un encombrement supérieur à 2 mètres en
longueur et 75 cm en largeur pour les machines à deux roues et une place.
|
|
Ces machines devront en outre répondre aux caractéristiques
suivantes:
|
|
a) La distance entre l'axe du pédalier et le sol
(E.B.) devra
être de 24 cm au minimum et de 30 cm au maximum.
b) La distance entre les verticales passant par l'extrémité métallique
du bec de la selle et l'axe du pédalier (A.B.) devra être égale ou
supérieur à 12 cm.
|
|
c) La distance entre les verticales passant par l'axe du pédalier
et l'axe de la roue avant (B.C.) devra être de 58 cm au minimum et de 75 cm
au maximum.
|
d) La distance entre les verticales passant par l'axe du pédalier
et l'axe de la roue AB (B.D.) devra être égale ou inférieure à 55 cm.
|
|
Toute
action propulsive circulaire, alternative ou quelconque déterminé parle
moyen des mains est interdite. L'emploi d'écrans protecteurs,
coupe-vents, fuselages ou tout autre moyen de diminuer la résistance à
l'avancement, est interdit comme il est prescrit ci-dessus...''
|
|
...Nous arrêtons là cette citation; la suite d'interdictions
de la roue libre sur piste, certaines libertés données aux organisateurs n'étant
pas du sujet qui nous intéresse.
|
 |
|
Ces décisions fit des heureux parmient une certaines presse
sportive qui titrait pour
l'Auto: " Maurice Richaud redevient recordman officiel du monde de l'heure".
Pourquoi "redevient", il ne l'avait jamais été.
|
|
Dans l'autre camp ; une presse aussi sportive désapprouvait
cette définition de la bicyclette. L'article de Sébastien Guichard, paru en Juin 1934, résume
assez bien sa position:
" Halte au Progrès". Se douterait-on que
nous sommes en période de constante évolution ?
|
|
Un motocycliste a battu récemment le record du monde de la
vitesse à plus de 220 Km à l'heure. Les voitures ont dépassé le 400 Km
et ce n'est plus extraordinaire de les voir dépasser le 200 dans
certaines épreuves. Les avions fendent le ciel à des vitesse considérables.
Les paquebots luttent de vitesse dans la traversée des mers et les
locomotives montrent que la voie ferrée peut elle aussi donner naissance
à des records. Pour ce faire, dans tous les domaines, on affine les éléments
premiers qui ont permis de faire les premiers pas dans la voie du progrès.
S'agit-il d'automobile, on essaie des solutions quelques fois
sensationnelles et de manière générale on cherche, et on trouve du
nouveau.
|
|
Pourvu que certains principes soient respectés, les résultats
obtenus ont leurs valeur. Évidemment on ne saurait mettre en parallèle
les performances d'un avion et celles d'une automobile, encore que les
deux aient un élément commun : le moteur. Mais on est- satisfait qu'une
voiture à traction avant donne des résultats meilleurs qu'une autre à
traction classique par l'arrière et l'on ne songe pas à établir une
différence de classification parce que la nouvelle permet un rendement
meilleur que la seconde.
Tout ceci a pour objet de bien situer notre état
d'esprit en présence de la définition de la bicyclette telle que vient
de la donner l'Union Cycliste Internationale.
|
|
Donc ce 58ème Congrès de l'U.C.I. fut donc très étrange. M.
Martin, un amateur, y conduisit un Vélocar autour de la table de conférence.
Le délégué britannique se souvient que tout le monde était très étonné
par l'impression de sécurité qui se dégageait de l'engin. Ce modèle spécial
pourrait très bien être le vélo parfait du futur, se disait-il.
L'italien, le Chevalier Bertolino, déclara que cela n'était point un vélo,
mais fut bien incapable de dire pourquoi. Le français Rousseau expliqua
que la machine ne correspondait pas exactement à la définition d'une
bicyclette : "le problème est que la définition est très précise
pour ce qui concerne les vélos pour courses de fond mais étonnamment
incomplète pour ce qui concerne les vélos ordinaires".
|
|
Donc, cette définition a tout simplement pour effet, de rejeter la
bicyclette à pédalage horizontal qui permit à Francis Faure de battre
le record du Fonde de l'heure.
Au principe général qui veut qu'on considère comme
une bicyclette un véhicule à deux roues, mû par la force musculaire de
l'homme, et ne présentant aucun dispositif propre à diminuer la résistance
de l'air, on a ajouté des mesures qui n'ont d'autre conséquence que de
figer la forme courante du vélo, sans aucune possibilité de l'améliorer
au point de vue sportif.
|
|
En tout arbitraire on a fixé la distance entre le sol et le pédalier,
entre le pédalier et la selle, entre la selle et la roue AR, entre le pédalier
et la roue AV: Les limites accordées une fois atteintes, aucun progrès
n'est possible sauf peut être celui qui consistera à remplacer le
mouvement circulaire des pédales par un mouvement de balance jusqu'au
jour où le point sera précisé en faveur de l'ancien procédé.
|
|
Ce culte des vieilles choses est à proprement parlé, déconcertantes et
ont surpris des gens qui se disent sportifs , ayant par essence, l'amour
du progrès, fassent montre au contraire d'un esprit de routine aussi
caractérisé.
|
|
Je me souviens qu'au Salon de I932, un manager bien connu dans le monde du
cyclisme routier, eut tôt fait de déterminer les avantages de la
bicyclette à pédalage horizontal, et de lui prédire un bel avenir si du
moins son inventeur se plaçait sur le plan sportif. Les résultats
obtenus ont confirmé une opinion faite d'une appréciation exacte des
choses. Tout provient. du progrès réel qu'implique la conception du
constructeur.
La négation du progrès, contrairement à toutes les
tendances de la civilisation, voilà ce dont nous a fait don l'Union
Cycliste Internationale en établissant sa "définition de la
bicyclette".
|
|
Avons-nous
quitté le 19ème siècle pour retourner sur nos pas?
|
|
Dans
ce même numéro du 7 Juin du Journal de l'U.V.F., un article nécrologique
informait du décès le 3 Juin I934 de Monsieur Charles Mochet,
inventeur et constructeur du Vélocar et du Vélo-Vélocar...
|
...Dans
nos familles 1934 |
|
M. Charles Mochet, le bon, l’affable et sportif ami
de notre Fédération, auquel nous devons la bicyclette à pédalage
horizontal, s’est éteint, aux premières heures de la matinées,
dimanche . Nous le savions souffrant, mais nous nous refusions de
croire à l’issue fatale.
Grand travailleur, chercheur infatigable, m
" Mochet se plaisait dans les conceptions nouvelles les plus
hardies, bases de tout progrès. Il n’est plus. Pleurons-le.
Ses obsèques ont eu lieu mardi, au cimetière
nouveau de Puteaux, à Nanterre, devant une veuve éplorée, un fils
et un neveu qui ont juré de continuer l’œuvre inachevée de M.
Charles Mochet, devant toute sa famille et une foule innombrable
d’amis. Sur le cercueil, l’U.V.F. avait déposé une palme de
bronzé.
Nous renouvelons ici avec beaucoup d’émotion
à Mme Mochet, à M. Georges Mochet, à son neveu et à sa famille
du regretté disparu, nos très sincères condoléances.
M. Mochet était membre à vie de l’U.V.F. |
|
|
Évidemment, dans cette période la "famille" avait autre chose
à faire que de s'occuper de la bonne définition du Vélo et les améliorations
prévues des différents records restèrent aussi en panne (Francis Faure
envisageait de dépasser les 48 km dans l'heure sur une piste plus
performante que le Parc des Princes).
Je quittai l'école pour travailler avec ma Mère et
mon cousin Alexandre, à la poursuite de l'entreprise, d'autant plus que
j'avais en perspective deux ans de service militaire à effectuer.
|
|
Un bon point pour l'Union Vélocipédique de France, elle
ne changea pas son règlement, ce qui fit que pendant un certain temps,
les records français étaient supérieures pour une dizaine d'entre eux
(les plus importants...jusqu'aux records mondiaux). Également les compétitions
françaises restaient ouvertes aux ''Vélorizontaux'' avec les autres vélos.
|
|
Il
faut reconnaître que le Vélo Horizontal avait amené un grand trouble
dans les milieux cyclistes de la compétition.
|
|
À l'époque de très nombreuses courses cyclistes avaient lieu chaque
dimanche, presque tous les Marchands de vélos entretenaient une petite
équipe locale. Les grandes équipes appartenaient a des constructeurs
de cycles et couraient sous leur nom. Une presse spécialisée rendait
compte des résultats.
|
|
Une presse hebdomadaire ou mensuelle se vendait en publiant la biographie
des principaux coureurs, leurs photos et en rendant compte de la
marche des épreuves. Le principal journal sportif "l'Auto",
contrôlait le Tour de France et quelques autres grandes épreuves
cyclistes. Il avait des intérêts dans la direction du Vélodrome
d'hiver, la principale piste.
|
|
Donc,
l'U.C.I. et l'U.V.F. pour la France, étaient soumises à une très forte pression.
Que U.C.I
ait changé son règlement, c'était son droit et toutes
Fédérations dans n’importe quels sports l'auraient fait... mais
établis avec un tel effet rétroactif, c'était proprement inadmissible.
|
|
Que
le véritable détendeur des records, d'après ses règlements soit placé dans
une catégorie spéciale, qui n'existait pas lors de sa tentative régulière,
est une chose qui ne se fait pas.
|
|
Les records ne sont pas éternels et les records de Francis Faure, qui
n'étaient qu'à leurs début, devaient être battus un jour de toutes
façons.
|
|
Quand, en automobile, en FI, on a interdit le turbo-compresseur, c’était
pour l’avenir, on n'a pas déclassé les gagnants de toutes les courses
précédentes. Les organismes sportifs avaient le droit de dire : le
turbo, ça va trop vite, il faut le supprimer (évidemment ça parait
paradoxal; car les courses, leurs buts premiers, c'est de toujours aller
plus vite).
|
|
Si Francis Faure était, pour des raisons de définition nouvelle du vélo
dépossédé de ses records, tous ses prédécesseurs devaient l'être également.
Car aucune mesure n'ayant été faites lors de leurs tentatives prouvant
la conformité de leurs machines aux nouvelle règles.
|
 |
|
Les milieux cyclistes avaient de bonnes raisons de faire interdire ce qui
allait trop vite:
I)Toutes les tentatives de records du Monde n'auraient
eu de chances de succès qu'en utilisant un Vélo-Horizontal.
2)Toutes les courses cyclistes contre la montre
n'auraient été gagnées que par un coureur monté sur un Vélo-Horizontal
3) Idem pour la vitesse, les poursuites, etc. ...
|
|
En ce qui concerne les courses sur routes qui sont courues en peloton et
par équipes, il aurait fallu attendre quelques années pour que se
constituent des équipes équivalentes en nombre mais ça serait venu.
Évidemment, pour beaucoup d'intérêts, c'était
inadmissible d'autant plus qu'un grand nombre de cyclistes imitent leurs
champions.
En dehors de ces pressions presque normales sur les
instances cyclistes se développait une campagne de mauvaise foi, et nous
dirons même calomnieuse sur le Vélo Horizontal.
Ca ne tenait pas la route, c'était inconfortable, ça
ne montait pas les côtes.
Pour la tenue de route : c'était plutôt mieux qu’un
vélo et moins dangereux. Bien sûr comme pour le vélo, il faut
apprendre. Pour le confort, on est sur son siège, comme en voiture, avec
la vue normale devant soi, sans casser le cou comme sur un vélo, sans
souffrir de la selle.
Dans les côtes, le cycliste est aussi puissant que sur
une bicyclette classique, et en plat, il est gagné beaucoup de vitesse en
raison de la moindre résistance à l'air. Dans les descentes, en
pourcentage moyen, la résistance de l'air reste important et le vélo
horizontal est toujours plus rapide dû surtout à son aérodynamisme.
Dans les montées à plus de 10% où la vitesse devient
inférieure à 10 Km heure, la résistance à l'air devient négligeable
et la vitesse d'un cycliste est un rapport de poids et de puissance
(puissance du cycliste vs poids du cycliste plus son vélo). Le vélo
horizontal pesant sensiblement le même poids qu'un vélo de course, les
vitesses sont identiques (n'oublions pas que nous sommes dans les années
'30).
Il est évidemment démoralisant (c'est aussi le cas du
tandem) qu'après avoir dominé des cyclistes que vous savez plus forts,
de les retrouver dans une forte côte où seule la force du mollet domine,
quel que soit le vélo. Je ne m'attarderai pas sur ce qui vient d’être
dit et sur l'hypocrisie des milieux de la compétition cycliste n'ayant
rencontré auprès des autres milieux cyclistes, Promeneurs
cyclotouristes, randonneurs et pratiquant de l’utilitaire, que chaleur,
amitié et sympathie.
Avant de finir ce premier épisode qui
s’arrête le 3 Juin 1934 au décès de mon père, je citerai pêle-mêle
quelques extraits de Presse d'un ton différent et qui se placent en
dehors de la polémique ainsi que quelques lettres de clients utilisateurs
du Vélo-Vélocar.
Je terminerai en
parlant du Vélodyne et des rapports Berthet-Mochet.
|
|
De
la "Pédale touristique" Octobre I932
|
|
''...Je n'ai pas manqué d'aller voir le stand Mochet ... mais ce fut après
avoir admiré les fines et légères bicyclettes, si bien que ma déception
fut grande tant le travail présenté était différent d'exécution... Je
fis demi-tour, ayant pensé avant ma visite de me procurer pour essai un
de ces nouveaux engins.
Une vision cependant m'impressionna beaucoup et
favorablement, ce fut lorsque je vis passer (j'allais dire voler) avenue
de Neuilly un VV rentrant au bercail ... ne voyant que le buste relevé du
Vélocariste. Je crus qu'il s'agissait d'une motocyclette dépassée
lentement par les autos, tandis que lui-même paraissait laisser sur place
les cyclistes ébahis et cependant c'était un de ces VV que j'avais méprisé
la veille lorsqu'ils étaient enchaînés dans leur boxe du Grand-Palais
...''.
|
|
Ce qu'il y a de remarquable dans cet article c'est qu'en fait le spécialiste
n'attend plus aucune évolution du vélo, en dehors de fines soudures, de
belles finitions et de quelques grammes en moins. Il faut dire qu'à l'époque,
comme avant pour la Ford T, le client avait le V V de la couleur a
condition de le vouloir noir.
En I932, le Grand Prix de l'Association des inventeurs et petits
fabricants français était décerné à M. Charles Mochet, à l'occasion
du Concours Lépine.
En Mars I933, un jeune cycliste ami d'amis, participant
au 1er Pas Dunlop à Monthléry, malgré un appareil un peu lourd équipé
de pneus grosse section et de freins tambours, se classait honorablement
dans le peloton après avoir grimpé plusieurs fois la côte Lapize (voir
photo pilote et machine).
|
|
"Au concours d'affiches du Salon d'Automne un premier prix a été
attribué à un jeune artiste M. Jean Auvigne, qui offre cette
particularité d'être sans doute en ce moment l'habitué des Champs-Elysées
et de l'avenue du Bois que l'on connaît le mieux. Pour se rendre de
Neuilly où il habite au Grand Palais, il se sert en effet d'un de ces
nouveaux vélos sur lesquels on est presque couché sur le dos. On file très
vite avec cet instrument mais on se fait remarquer car les passants se
demandent s'il ne s'agit pas d'un blessé obligé de demeurer étendu.
Comme d'autre part ils le voient dépasser les autos avec adresse, ils
disent : Pour un blessé, il se porte drôlement bien. En effet il ne faut
pas être malade pour rouler la dessus''.
|
| De La pédale touristique d'Août
I933 |
|
Une opinion élogieuse sur le Vélo-Vélocar. Elle émane de M. Laurant,
29 rue des Férats à Marseille :
"Pour moi, je suis enchanté de mon acquisition.
Avec mon Vélo-Vélocar, je dépasse tous les cyclistes en plat. En côte
moyenne, tant que la résistance à l'air intervient encore, je continue a
les dépasser; il n'y a égalité que dans les plus fortes rampes, celles
qui ne se grimpent que lentement. Je dis bien égalité car jamais je ne
me suis trouvé désavantagé."
|
 |
Ce commentaire élogieux est rigoureusement conforme à ce qui devait se
dire sur le VV et qui était exact, l'auteur le savait d'autant plus que
c'était probablement mon Cousin Alexandre, connu pour son amour du
canular cynique. |
|
Du "Vélo" du 6 Septembre
I933 |
|
"Nous avons demandé au Dr Ruffier, cycliste
et spécialiste de l'éducation physique de répondre à la question suivante :
La position exigée par le V V est-elle nuisible, inoffensive, ou recommandable,
au point de vue médical? Voici sa réponse : Toute position qui permet un
travail musculaire de, bon rendement et de longue durée, ne peut être
nuisible. Et c'est bien le cas du pédalage horizontal.
Il nous dit son intention de développer assez longuement
cette question dans le prochain numéro de son journal "Portez-vous
bien".
|
|
Le premier numéro à ce sujet de "Portez-vous bien" était très
enthousiaste et chaleureux sur plusieurs pages. Le numéro suivant était,
parait-il, assez critique. Ne pouvant citer les deux car je n'ai pas connu
le deuxième et que je n'en possède aucun extrait, je m'abstiendrai et
n'en citerai aucun.
|
|
|
Du "Républicain d'Orléans" du 10 septembre
I933
|
 |
Sous le titre, ''Une nouvelle bicyclette : le Vélo-Vélocar'', en
sous-titre : ''Tout le monde champion'', le rédacteur qui signe Ch. L.
interviewe M.Dandier, Secrétaire de la Chambre de Commerce propriétaire
d'un Vélo-Vélocar: Je ne citerai dans tout l'article qui s'étend sur
deux colonnes et comprend deux photos que j'essaierai de reproduire.
D'après la description, c'est une des premières
machines car la direction comporte un couple de pignons d'angle (par la
suite ce fut un
|
|
semi-homocinétique)
le changement de vitesse est à 2 vitesses par clabot (par la suite dérailleur
à 4 ou 5 vitesses) roues de 500, pneus super-ballons, freins à tambour.
Interrogé sur les possibilités de sa machine, M.
Dandier déclare : ''Je puis atteindre 50 Km heure en général. Sans me
fatiguer je roule à 40. Ces excellents résultats sont dus principalement
à la bonne utilisation des muscles et aussi dans une certaine mesure au
fait que la position du cycliste est plus aérodynamique. Grâce aux
super-ballons et au caoutchouc mousse du siège, le confort est agréable.
Quant à la maniabilité, le peu de largeur la rend très efficace. On se
faufile dans tous les encombrements et on a la possibilité de faire des démarrages
rapides''.
|
|
En
ce qui concerne l'apprentissage, M. Dandier dit : ''J'avoue que le premier
contact surprend. Puis on s'y fait très vite, il ne faut pas tirer sur le
guidon. Je n'avais pas fait de bicyclette depuis douze ans quand j'ai tenté
le Vélo-Vélocar. J'ai fait un petit parcours pour me familiariser
|
|
|
avec l'équilibre
et le pédalage et dès le lendemain, sans fatigue, j'ai accompli un
parcours de 76 Km...
|
|
De
la pédale touristique Septembre I933
|
|
Titre :"Une petite révolution dans la technique cycliste"
Sous-titre : "Un cyclotouriste de 60 ans . M. Bourdon, a effectué le
parcours Avignon-Paris, Lille-Paris, St Étienne, sur une bicyclette à pédalage
horizontal''.
|
|
Il serait excessif de citer tout l'article de Claude Tillet à ce sujet
(il tient deux pages de sa revue), je me contenterai de quelques extraits
: Je ne citerai pas M. Bourdon qui raconte ses premiers contacts avec sa
machine, son voyage, le tout avec un grand enthousiasme. Sa machine dont
je montre l'image parue en première page, était équipée de pneus
ballons et d'un changement de vitesse par clabot. Comme les premières
machines un couple conique était placé au dessus du tube de direction
(couple remplacé plus tard par un cardan).
|
|
L’article cite en encadré un numéro de Candie du 14 Août relatant le
voyage et un certain enthousiasme concernant cette machine, que Tillet
trouve excessif.
Cette performance est reprise par plusieurs journaux : Le Marseillais du
12 Septembre, le Radica ; du Vaucluse, Le petit Parisien, etc… de la même
date.
|
|
Un article de M. Deschamps, dont nous extrayons les lignes suivantes :
''C’est en rentrant le soir du meeting de Pavesi que
l’envie me prit d’écrire ces lignes è la gloire de la machine
horizontale dont je possède, à ma connaissance, l’unique exemplaire
Lyonnais, si nous exceptons notre dévoué secrétaire qui, lui possède
et roule sur un quatre roues…
|
|
Certes
je prévoyais un retour plus complet à la route, les circonstances
m’ont obligé à n’y sacrifier que très peu suffisamment cependant
pour que les espérances placées dans mon VV se trouvent largement
confirmées. D’autres que moi ont dit que cette machine était arrivé
à un point de perfection (allègement et confort) qui rendait l’engin
parfaitement utilisable pour le tourisme au même degré que la machine
verticale courante.
|
|
Par contre, ils ont en contre-partie, souligné que la réalisation
pourrait être plus poussée dans la voie de la perfection. A ces avis, je
souscris. La tenue de la machine est parfaite sur route mais détails
insuffisants… Avec cette habitude invétérée de rajouter, de compléter
ou de parfaire, j’ai amélioré mon VV tant du côté aspect
(adjonction, porte-bagages, léger abaissement du siège, remplacement des
jantes
|
 |
émaillées
par des chromées, remplacement du dérailleur par un cyclo, adjonction de
papillons, etc.) que du rendement. De tel sorte que actuellement, je le
considère comme un engin remarquable.
|
|
…Aussi vais-je résumer : stabilité parfaite une fois la machine en
main, au moins égale à celle de la bicyclette. En palier, on ne roule
qu’avec le grand braquet ; obligatoirement, à l’effort égal, on bat
le cycliste vertical. En côte : personnellement j’ai toujours monté
les côtes à ma cadence et ne pense pas que je grimpais plus vite sur ma
verticale, malgré le bon lustre qui sépare les deux périodes
d’utilisation.
|
|
En descente, une verticale descend bien mois vite ; la position
horizontale fait qu’il faut une assez grande allure pour avoir une
impression de vitesse, alors qu’on y arrive vite avec la tête en avant.
Reste le vent de face : Là, personne ne discute l’avantage de
L’horizontale…''
|
|
La
Pédale touristique du 8 Novembre I933 |
|
Cite un de ses lecteurs. Il s'agit de M.
Espersset, professeur au Collège Oloron, qui écrit : ''VV, Veni, Vidi et
Vici. Je suis venu,. j 'ai vu, j'ai vaincu mes hésitations. Depuis deux
mois, je suis en possession d'une bicyclette horizontale; appareil très gênant
pour ceux qui aiment passer inaperçus ou qu'irritent la moquerie ou la
curiosité publique.
|
|
Quant on passe sur cet engin, on réjouit toute la rue; les chiens eux-mêmes
vous regardent avec stupeur. Si on s'arrête quelque part, il se forme un
attroupement;avant de pouvoir repartir il faut fournir explications sur
explications et quelques fois faire une démonstration. Que de fois, j'ai
redit les mêmes paroles, répondu aux mêmes questions, réfuté les mêmes
objections, à Paris, à Dijon, à Toulouse, à Oléron... Mon impression
sur le VV ?
|
|
Ce que disent les prospectus et les annonces est vrais moins d'effort,
plus de vitesse, plus de confort. En terrain un peu accidenté ( région
parisienne, Côte d’Or, Tarn ), j’ai amélioré ma moyenne de 25% par
rapport au vélo traditionnelle. Il est remarquable qu’on pousse un développement
de 7, 50 m sans forcer davantage qu'avec 5 m et quelques cm, à
bicyclette.
|
|
L'équilibre est bien meilleur que sur un vélo car le centre de gravité
est beaucoup plus bas. Il n'y avait pas trois jours que je l'avais que déjà
je circulais avec la plus grande aisance aux carrefours les plus
tourbillonnants de Paris, L’Étoile, la Concorde, l'Opéra. Le risque de
chute (je l'ai déjà éprouvé) est certainement bien moindre qu'à
bicyclette.
|
|
|
Le VV est donc d'une supériorité très nette sur le vélo classique.
Mais on peut lui faire un reproche, un seul mais sérieux
il est trop lourd, beaucoup trop lourd, le mien pèse 19 Kg. Tant qu'on
roule en plaine, on n'y fait pas attention, mais en forte côte c'est
autre chose: Il faut traîner 6 ou 7 Kg de plus qu'à bicyclette et cela
se sent, alors qu'on grimperait plus facilement qu'un vélo ordinaire si
le VV ne pesait que I2 ou I3 Km. Je crois qu'il y a beaucoup à faire dans
ce sens''.
Une note de la Rédaction précise : ''Et nous le
savons, M. Mochet y songe, mais il ne veut agir dans ce sens qu'avec la
plus grande circonspection; il allège petit à petit en attendant après
chaque amélioration, les résultats pratiques. Qu'un VV casse parce que
trop ce serait une rude tuile.
|
|
Mais M. Mochet fera beaucoup plus léger pour peu qu on lui fasse crédit
de quelques mois. Attendons
donc et ne lui reprochons pas ses louables scrupules''.
|
|
J'arrêterai ici car ce serait fastidieux de citer les articles de presse parus
dans cette période, articles ironiques, critiques ou élogieux. Ceci indépendamment
des polémiques relatives à la reconnaissance par l'O.C.I. des records dont le
Vélo-Vélocar était l'indiscutable détenteur.
|
|
Nous citerons encore deux extraits de lettre des 19 et 25 Janvier 1934, de
M. Louis Barrey de Nice. M. Barrey était Délégué du Touring Club de
France à Nice.
Dans la première, il écrit :"Les quelques
randonnées sur terrain plat m'avaient fait entrevoir déjà les
possibilités d'un homme entraîné à ce nouvel engin. Ensuite les
grandes sorties en montagne , entre autres une excursion à Grasse, où
j'ai obtenu un bon succès auprès des Grassois sans parler de ceux
obtenus à Cannes et à Antibes ce jour là.
|
|
Mais l'escalade de La Turbie d'abord, du Col de Nice et du Col de Braus que je
suis arrivé à faire ''touristiquement'' parlant d'une façon incomparable,
puisque les 3I Km qui séparent Nice du sommet du fameux Col ont été couverts
en deux heures compris les arrêts à l'Escarène et au Touët, où les gens du
pays étaient bien incrédules au sujet de la réussite de mon escalade (avec
cette machine de malade !). A mon retour, ces braves gens ont pu se rendre
compte que le malade se portait à merveille!''.
Dans la deuxième, il dit : ''L'insuccès du VV en montagne
n'est qu'une légende. Ayant la machine bien en main, je suis allé tenter
l'escalade du Mont Agel. Le résultat obtenu est simplement merveilleux. Plus de
15 km/h de moyenne sur une route non goudronnée, en très mauvais état et au
pourcentage réputé''.
|
|
Ceci me rappelle une histoire récente.
Mon ami Arnfried
Schmitz, passionné de V.P.H. ( véhicule mû par la
puissance humaine ) avait fait une réplique du Vélo-Vélocar de Francis
Faure et chez lui la montagne, c'est le Ventoux.
|
|
|
Son fils, âgé de 18 ans
avait emmené avec lui un journaliste
sportif équipé d'un fin vélo de course pour faire le Ventoux en promenade.
|
|
Ils montaient ensemble "à leur main" et comme il soufflait un bon
vent, ils remarquaient que dans les lacets, dès que le vent était défavorable
le Vélo horizontal prenait malgré lui, quelques longueurs au vélo classique
qu'il était obligé d'attendre.
|
|
Schmitz qui s'était quand même laissé influencé par certains milieux
cyclistes concernant des difficultés en montagne, était fort heureux de
ces constatations.
Pour moi, il est reposant et amusant de faire, de temps
en temps quelques anachronismes, en mélangeant des évènements de 1986
avec ceux de I933.
|
|
Pour en finir sur ce thème des références que je ne puis toutes
citer, elles sont pour la plupart des commentaires satisfaits
à la suite de commande de pièces détachées, quelques unes de ces
lettres sont restées en ma possession.
|
|
Dans cette période de la vie du Vélo-Vélocar qui se termine le 3
Juin I934, au décès de son créateur, il ne s'est pas contenté de
battre des records du Monde sur piste, d'autres manifestations sportives
ayant eu lieu, nous citerons pour mémoire dans ses débuts, le record écrasant
du Tour de Longchamp qui, avec plusieurs virages dont un sévère et une
assez longue montée s'apparente plus à la route qu'à la piste.
|
|
Après ses records, Francis Faure a été très sollicité par des
directeurs de vélodromes aussi bien en France qu'à l'étranger, pour
des
|
 |
|
démonstrations
où il était chaque fois opposé à des équipes de deux ou trois ou
quatre cyclistes locaux pour des courses poursuites dont il sortait
gagnant.
|
|
A Paris, l'hiver I933, il fut sollicité par la Direction du Vélodrome
d'Hiver à plusieurs reprises: La première fois en poursuite contre une
des équipes amateurs habituée du Vel d'Hiv, le Gros Caillou ou l'A.C.B.B.
Je ne sais laquelle des deux. Les autres fois, en Février et en Mars
I934. En Février, il salissait d'un omnium avec Lemoine et Plassat. Première
épreuve : une individuelle par point de 3 Km. Deuxième épreuve: 1 Km
contre la montre, départ arrêté. Troisième épreuve: une poursuite
limitée à 4 Km.
|
|
Voici
le compte rendu du journal "Le Jour" du 14-2-1934
|
|
L'Omnium
revient à Lemoine devant Francis Faure et Plassat.
La rivalité des deux vélos reste pendante, chaque clan couche sur ses
positions. Dans
l'individuelle, Lemoine et Plassat s'entendirent pour empêcher le
Vélocar de passer, le promenèrent aux balustrades pour
|
|
finalement
l'aider à tomber.
Dans le Km arrêté, Lemoine prit de peu la 1ère place (I/5 de seconde).
En poursuite, Francis Faure remonta tous ses concurrents avec une aisance
dérisoire: Lemoine rejoint après 9 km 252 et Plassat après 7 tours.
|
|
En ce qui me concerne je remarque:
I) Dans la première épreuve, une entente anormale de concurrents a faussé
le résultat. Lemoine fut du reste hué par le public pour son manque de
sportivité et félicité par les "professionnels" du cyclisme.
2) Dans l'épreuve du km départ arrêté, Lemoine était à l'époque le
recordman du Monde de la spécialité qui était bien la sienne. C'était
le 1er kilomètre lancé de Francis Faure avec sa machine. Plassat quant
à lui, faisait 6 secondes de plus que Francis Faure, ce qui n'empêche
pas un journaliste professionnel du cyclisme (dont nous tairons le nom d'écrire
en titre : Mais le vélo démarre mieux et d'écrire et de conclure :
"incontestablement, sur de courtes distances, le vélo démarre mieux
alors qu'il venait d'avoir la démonstration du contraire.
3) Pour la poursuite, c'était trop facile, il n'y a pas à commenter.
Pour ce qui concerne le match poursuite avec Maurice
Richard (qui cependant dans sa spécialité était le meilleur des pilotes
Vélos classiques) il n'y a pas non plus à commenter. Richard étant
rejoint 4 tours avant la fin.
|
|
On ne peut pas tout faire à la fois et ce premier épisode a été spécialement
occupé par les tentatives réussies contre des records cyclistes
mondiaux, également par des démonstrations sur pistes cyclistes qui
toutes, démontrèrent la supériorité du Vélo-Vélcar.
|
|
Indépendamment de cela, quelques essais furent faits par des clients de
participation à des rallyes cyclistes ou à quelques courses amateurs. De
cela nous étions peu informés mais les quelques échos que nous en
recevions étaient satisfaisants et comme on ne peut non plus tout garder,
je n'en ai plus de trace.
|
|
Une manifestation cyclotouriste organisée par l'U.V.F. eu comme
premier Pris un Vélo-Vélocar de tourisme offert par les Ets Mochet. Il
s'agissait des Oeufs de Pâques Cyclotouristes qui eurent lieu comme leur
nom l'indique à Pâques I934, sur un parcours dans l'Avallonnais, de
Avallon à Auxerre (Voir photo des participants Vélo-Vélotouristes).
|
|
|
Terminons par un extrait de compte-rendu de cette manifestation en faveur
du cyclisme dans une de ses formes les plus sympathique.
|
|
"La concentration eu lieu à Auxerre entre 7h et 7h45 au Chalet d'Or.
De là, les participants, après avoir suivi la vallée de l'Yonne
Vincelle, Cravant, Turcy, les uns par Mailly-le-Ville et les autres par
Mailly-le-Château, se retrouvèrent au rocher du Saussois après une
courte poursuite, on atteint Chatel-Censoir où un contrôle est tenu à
l'Hôtel de la Gare de 10h à 11h. Casse-croûte général avant d'aborder
les dures côtes qui précèdent Vézelay où l'arrivée a lieu vers II h,
à l'Hôtel du Cheval Blanc. La visite de Vézelay a lieu en détail par
petits groupes et l'on descend ensuite vers St-Père, Pierre-Perthuis,
Menade, Pont-Aubert et l'on gagne Avallon par la délicieuse vallée du
Cousin. Ainsi sont parcourus 75 Km dans la 1ère journée.
|
|
Tous les concurrents quittèrent Avallon le lendemain entre 7h et 8h
pour se rendre au point de vue de St-Moré. Là, eu lieu la visite du
rocher et du sentier, à la sortie du tunnel. Ensuite longue visite des
grottes d'Arcy, puis on gagne Lucy, Vermenton et Cravant où a lieu le déjeuner
et c'est le retour vers Auxerre, soit un total de 52 km, pour cette
seconde journée.
Les cyclotouristes, après avoir suivi les Vallées du Cousin, de la Cure
et de l'Yonne, ont été pointer à l'arrivée au Café du Chalet d'Or''
|
|
En donnant avec assez de précision l'itinéraire de cette sortie je
tenais à montrer comment était une promenade cyclotouriste en I934.
|
|
Si vous aimez le vélo pour ses possibilités et visiter et parcourir de
belles régions, rien ne vous empêche d'utiliser pour votre propre compte
cet itinéraire, globalement aussi intéressant 60 ans après.
|
|
Ainsi
que je l'ai promis précédemment, je dois encore avant de terminer ce
premier épisode, parler du Père du V.P.H. (on ne les appelait pas encore
ainsi) de Marcel Berthet. Je demanderai à revenir sur les pages
précédentes, consacrées à nos premiers contacts et à nos premières
impressions.
|
|
D'abord on trouvera dans ces pages une photocopie de la présentation
faite par le journal L''Auto, début 'Septembre I933.
Cette présentation fut suivie d'un article de Ch. Faroux,
polytechnicien, spécialiste des questions automobiles et techniques qui
après interview de Riffard donnait quelques renseignements techniques.
|
|
On y apprend que le Vélodyne, pour rouler à 54 Km/h avait besoin de
1/5,5 Cv Vapeur, soit environ I39 kw.
Le CX du Vélodyne était de 0,03025 soit environ 26
fois plus faible que celui d'une plaque octogonale de même section qui
est de 0,8.
Ceci est sensiblement celui d'un cycliste en position
normale, le Scx d'un cycliste avec S=0,5 m2 et Cx 0,8 est de 0,4.
Le Scx du Vélodyne avec S= 0,66 m2 et Cx= 0,03025 est
de plus ou moins 0,020, soit une résistance à l'air 33 fois inférieure
à celle d'une bicyclette classique. Or, à cette vitesse la résistance
à l'air représente sensiblement 90% de la puissance nécessaire.
|
|
Ces résultats sont remarquables et montre la qualité des travaux de M.
Riffard.
Faroux conclut son article en disant : "si la
bicyclette en tant que mécanisme n'est plus perfectionnable puisque son
rendement dépasse 99%, il semble bien qu'on puisse en améliorer
l'utilisation, soit dans la voie d'une moindre résistance à
l'avancement, soit par un mode d'action différent de la puissance
musculaire.
Les dirigeants proscrivent celui qu'a réalisé M.
Mochet et je ne puis voir comment ni pourquoi les dirigeants se
donnent-ils raisons ?
Charles Faroux avait une grande indépendance dans la rédaction
de ses articles qui n'était pas toujours dans les tendances maison de
''L'Auto''.
|
|
Ces caractéristiques données par Riffard montrent qu'un Sprinter au
guidon de ce V.P.H. avant la lettre aurait déjà pu passer les 100 Km au
guidon du Vélodyne.
Sur les V.P.H. modernes, on essaie de combiner l'aérodynamisme
et la position du pédaleur, préconisée par Charles Mochet.
Le poids du Vélodyne (Vélo, carrosserie et pilote) était
de 90 Kg.
Un vélo de piste classique, devait peser dans les 10 Kg en estimant le
poids du pilote à 70 Kg, restent 10 Kg pour la carrosserie.
Pour obtenir ce poids, la carrosserie était faite de
lamelles de bois collées sur un moule en forme. Cette technique était
utilisée en aviation (par Caudron et pour la fabrication des célèbres
Mosquitos).
|
|
Le 9 septembre 1933, Marcel Berthet, au Parc des Princes, dans son Vélodyne,
fit une tentative couronnée de succès, contre l'heure, et malgré
quelques incidents couvrit 48,604 km en réussissant des temps particulièrement
bons sur des distances intermédiaires.
|
|
Je ne puis raconter dans le détail la correspondance de mon Père avec
Marcel Berthet, je n'en citerai que quelques unes en coupant ce qui n'est
pas essentiel.
Le 19 Septembre, mon Père écrivait à Berthet à
Pont-St-Pierre: ''Vous vous souvenez sans doute qu'avant votre essai du Vélodyne,
je vous ai témérairement mais sincèrement promis, en présence de témoins
un coquetier-challange, si vous battez le record de l'heure de Francis
Faure sur Vélocar. Ce record a été Généreusement battu, je me suis
donc incliné, et j'ai immédiatement donné l'ordre d'exécuter le
coquetier promis, qui doit être terminé dans une quinzaine de jours.
Je pense que cet objet d'art en argent massif et contrôle
sur lequel seront tracés les différents vélos de l'histoire, depuis les
Draisiennes jusqu'au Vélodyne vous fera plaisir.
Il est évident, puisqu'il s'agit d'un Challenge, que
j'essaierai de vous le reprendre, mais ma joie sera plus grande encore le
jour où vous le conquerrez à nouveau, ce qui montrera les progrès réalisés.
Si vous le voulez bien, en règle générale, ce
Challenge sera remis par son détenteur à celui qui aura accompli dans
l'heure, la plus grande distance au moyen d'une machine mue uniquement par
la force humaine, quelle que soit sa forme, le nombre de roues ou sa
dimension.
Vous êtes donc le glorieux Challenger actuel de cette
coupe qui représente de façon humoristique, un coquetier. Pour finir, je
forme un voeux, que vous partagerez j'en suis sûr, c'est que ce coquetier
cycliste change de mains le plus souvent possible.
Avec l'espoir que cette initiative aura votre agrément
....''.
Le 21 Septembre 1933, Marcel Berthet accusait réception
et répondait :
"J'ai parfaitement souvenance des paroles
que vous m'avez adressées au Parc des Princes il y a une quinzaine de
jours. Votre promesse passant à la réalité, vous avez eu un geste très
chic ...
Je vais donc être en possession d'un fameux
coquetier... Dans l'attente de vous voir au Salon."
Cet échange n'est pas le seul et une vingtaine de
lettres, souvent concernant, soit la remise du Trophée que Berthet
voulait officielle par l'U.V.F. ou bien en commentaires d'articles de
Presse. La dernière de cette série en réponse à une lettre de
Berthet du 27 Février 1934 est du 28 Février de ma mère, remerciant
Berthet de la part de mon Père, au sujet d'un article qui lui signalait
et disant que son état de santé qui ne s'était pas amélioré l'empêchait
malheureusement de répondre et qu'il le regrettait.
|
|
Je
terminrai après cette relation, des rapports Berthet-Mochet le premier épisode.
|
 |
Épisode qui explique aussi pourquoi, dès que les
circonstances le permirent, il fut de notre devoir de reprendre, le
Coquetier- Challenge, en possession de Berthet.
|
|
Je préciserai que Marcel Berthet n'était pas resté sur sa
première tentative vouée au succès mais non reconnue à cause de la
poussette du départ.
Il recommença sur la piste de Montlhéry le 19 Novembre I933, réussissant pratiquement les 50 Km/h, exactement 49,922 Km/h.
C'était très beau pour un homme de 47 ans.
|
 |
|
Quand la guerre éclate en 1939, Francis Faure, le sprinter aux deux
records du monde de l’heure (le premier a été homologué suivant les règles
de l’U.C.I. mais n’apparaît nulle part dans les listes de records),
était parti faire des démonstrations en Australie où il mourut en 1948
et sans doute le Vélocar avec lui.
|
|
Fin
du premier épisode...
|
|
Voici
quelques lignes du prochain épisode...
|
 |
Le 3 Juin 1934 avait eu lieu la course
Paris-Contre. Après les succès sur piste, et leurs réussite comme véhicules
de ville ou de grand tourisme sur piste, nous étions désireux
d'affronter la course sur route. Des essais assez encourageant s avaient
eu lieu avec des coureurs amateurs à qui nous avions confié des V
V et qui s'étaient comportés honorablement dans de petites compétitions
comme il y en avait un grand nombre chaque dimanche.
|
|
Quoique chaque fois ces coureurs avaient été seuls à participer à
chaque épreuve, on avait vu qu'ils n'avaient aucune difficulté à rouler
au milieu du peloton mais nous n'avions aucune notion sur la valeur
sportive de ceux-ci dont je pense que certains étaient bons
|
|
Il avait donc été décidé d'embaucher un cycliste professionnel de lui
permettre de s'adapter et de s'entraîner quelques temps avant de le
lancer dans une course sur route assez longue, avec des concurrents de
grande valeur. Ce coureur était un espagnol: "Paul Morand",
venu tenter sa chance. C'était un coureur sur route.
|
 |
|
en
France et que le hasard ainsi que la difficulté qu'il éprouvait à
trouver une place dans une équipe, mirent à notre disposition.
|
|
Il s'adapta facilement à la machine et s'entraîna sérieusement;
il tournait autour de Longchamp assez souvent (Longchamp est proche de
Puteaux où étaient les ateliers Vélocar). Il m'arriva de faire quelques
tours avec lui; c'était un bon rouleur, peu sprinter mais courageux et
endurant. On avait prêté un V V à un jeune de ses admirateurs nommé
Fernandez qui lui tenait compagnie lors de ses entraînements.
|
|
Le 3 Juin 1934, il prit donc
le départ de Paris-contre.
Voici le récit que me
fit mon cousin Alexandre Laurant qui suivit la course, course dans
laquelle nous avions mis un certain espoir.
|
|
''Peu après le départ, Morand démarra et ne fut pas suivi. Il prit
assez vite 5' puis 10' d'avance 100 Km après le départ. Alors
les Directeurs sportifs des équipes présentes; se consultèrent et'
décidèrent qu'il fallait absolument le rattraper et tout le peloton
chassa chaque équipe, et chaque coureur confondu, les coureurs-attaquant
sur 100 ou 200 m à tour de rôle (Ceci est un côté classique des
courses sur route lors d'une échappée, mais alors ne mènent
pas les équipiers des échappées, or, Morand lui était seul).
Après de pénibles efforts pour résister, Morand fut repris à 50
Km de l'arrivée et termina à quelques minutes et fort
éprouvé''.
|
|
Donc, il s'était alors mis en place un boycottage de la part des équipes
de professionnels qui ne voulaient pas que le Vélocar participe à la
course. Ils neutralisaient simplement une course de façon à laisser
Morand seul devant jusqu'au sprint final...
|
|
...
Le Miroir des Sports 1934 |
|
On
relève l'exclamation d'un spectateur pendant le Paris-Limoges : "ils arrivent, et c'est un tout petit qui est
en tête". Il s'agissait de Paul Morand sur son Vélocar. Il avait un
superbe "supervélocar" préparé pour une série d'essais,
|
|
Cette épreuve nous démontra:
a) Que si un
Vélorizontal va plus vite d'environ 10% qu'un vélo avec pilote de même
valeur, un peloton constitué de 50 coureurs ou plus, va 15% à 20% plus
vite qu'un des meilleurs cycliste qui le compose.
b) Que pour avoir des chances de gagner, il fallait constituer une équipe
d'une douzaine de cyclistes de bonne valeur afin de profiter d'un effet de
groupe. Ceci n'étant pas dans nos possibilités, il fallait porter notre
action dans d'autres directions en attendant de le pouvoir.
|
|
Ultérieurement l'U. V. F. suivant l'U. C. I . dans sa réglementation sur
la définition de la bicyclette, cela empêcha toute participation à des
courses cyclistes. Le problème fut donc réglé dans ce domaine.
|
|
Cependant, Morand ayant un contrat, il participa dans la période où
il était autorisé à courir, à une dizaine de compétitions routières,
notamment à un Paris-Angers. Il
se comporta, chaque fois, dans le peloton, sans problème particulier,
n'eut aucun accident et termina honorablement toutes les courses dont il
prit le départ.
|
|
Je
ne sais ce qu 'il devint par la suite. Renonça-t-il à la compétition Couru-t-il à nouveau sur une bicyclette classique dans une équipe?
Il fut dans ce cas un anonyme du cyclisme.
|
À
suivre...
|
 |
|